C'est vrai quoi, il me suffirait d'un mini frigo et d'un réchaud pour ma cafetière italienne pour ne plus avoir à bouger de mon fauteuil si confortable et continuer, devant mon écran, à bosser ou à écrire des banalités.
Alors je pourrais me livrer sans retenue aux joies d'une orgie immobile, je me laisserais aller à tâcher de nutella et de confiture à la groseille mon clavier et ma souris. Je pourrais entasser des peaux de saucissons au fond du mug du café d'hier.
Je serais pleinement épanoui, dans cette opulence contradictoire avec la légèreté que le web nous donne pour parcourir le monde.
Et puis je deviendrais tellement énorme que je ne pourrai plus me déplacer qu'en faisant rouler mon fauteuil qui commencerait à plier sous ma charge pondérale pour me rappeler qu'il n'est pas un équipement médical.
Et puis je grossirais encore, ne pouvant même plus passer par la porte de mon bureau pour en sortir. Les gens viendraient me voir, pour me saluer depuis le couloir, prendre des nouvelles, me demander "quoi de neuf ?".
J'aurais eu tout le temps pour en avoir ma dose des écrans, avec mes pupilles pixelisées devenus photosensibles uniquement au blanc jauni.
Et puis une association de gens apitoyés sur mon sort se formerait. Ils organiseraient l'évènement de m'emmener en balade un soir. Pas de jour, pour ne pas choquer les enfants.
Ils viendraient avec une équipe de maçon pour creuser un trou béant dans mon mur, puis ce seraient les grutiers qui m'harnacheraient pour venir me déposer dans la benne d'un camion cde chantier, tout cela sous la surveillance d'infirmiers stagiaires qui auront scratché ensemble deux tensiométres pour arriver à faire le tour de mon bras trois fois plus gros et trois fois moins ferme qu'une cuisse de rugbyman ; et sous les applaudissements des membres de l'association "Sortons le gros !" heureux de leur B.A. mais tout de même un peu inquiets pour la caution du camion benne.
Une blonde pulpeuse, trésorière de l'asso, m'offrirait un pack de Celebrations, du sucre contre le stress, mais mes gros doigts boudinés devenus de raides excroissances de ma paume seraient incapables de les attraper. Alors la blonde en ouvrirait un, un Twix car ils sont plus longs, et, du bout de ses faux ongles, le porterait à ma bouche en prenant soin de ne jamais être en contact direct avec mon derme. Je banderais si je me rappelais comment on fait.
On prendrait une photo où je sourirais comme si j'étais heureux.
Le camion démarrerait et je me retrouverais en train de déambuler, toujours immobile, avec ce pack de sucreries impossibles à attraper pour moi posé sur mon troisième bourrelet ; le plus imposant.
Quand le moteur ralentirait, à l'arrivée d'un stop, je pourrais entendre les blagues que font ensemble le chauffeur et le grutier à mon sujet dans la cabine du camion.
Un pauvre infirmier serait resté avec moi, se trouvant une petite place dans la benne, n'osant plus regarder le tensiomètre tant les chiffres seraient éloignés des standards de son manuel.
Il ne me regarderait pas non plus, apeuré que je le mange ou que je lui demande de m'administrer oralement un mini Bounty.
Assez vite le tour du quartier serait fait. A mon retour chez moi, tous seraient rentrés se couchés. Fiers et magnanimes.
Le grutier me replacerait sur mon fauteuil, avec une indélicatesse pressée à cette heure avancée de la nuit.
Et il repartirait boire un verre avec son nouveau pote le chauffeur sans même me dire au revoir.
Et je commencerais me les geler à cause du trou dans mon mur.
Et finalement je râlerais parce que le frigo est à l'autre bout de la pièce et qu'il serait bien plus pratique de l'avoir à mes pieds.
....
pfffffff
J'ai plus faim moi.
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